La Galerie du Grand Ecuyer

Librement inspirées de l’Iliade et de l’Enéide, ces 12 scènes peintes au XVIe siècle relatent l’histoire de la guerre de Troie et de la vie du héros troyen Enée

 

LA GALERIE

Les peintures de la Galerie sont une des grandes créations du milieu du XVIe siècle. Un maître inconnu, dans l’entourage du Primatice, probablement français mais bien informé des décors de Rome a peint d’immenses scènes illustrant l’histoire de Troie et trois épisodes de l’Enéide de Virgile (70-19 av JC). Elles s’inscrivent dans des cadres en trompe-l’œil, habités par des figures en rapport avec le sujet.

Le sol porte un carrelage émaillé, coloré en gris, vert, bleu et jaune. La surface est divisée en compartiments carrés qui représentent cinq dessins différents. Le compartiment central est occupé par un labyrinthe.
 

LE PLAFOND

Le plafond est fixé à un plancher, soutenu par 10 poutres, divisé en petits caissons carrés peints pour la plupart au XVIIe siècle. Ce plafond a toutefois été endommagé par un incendie en 1627.

  

 

Le commanditaire des décors de la galerie, Claude Gouffier, Grand Ecuyer du Roi y a inclus sa loyauté et sa fidélité au souverain. On retrouve, en particulier sur la cheminée, une emblématique de caractère avec armes, blason, et la devise « hic terminus haeret » (Ici est fixé le terme) qu’il avait choisie.

 

Scène I  Le Prologue : La Gloire de  François Ier

L’inscription qui subsiste en partie dédie la galerie à François de Valois, « Roi des français, prince très chrétien, très invincible et très puissant […].» Les figures peintes dans les cadres représentent au centre Pégase, personnification de la renommée du souverain, Apollon à gauche, Mars ou Minerve à droite, dieux des arts et de la guerre.

 

Scène II L’Assemblée des dieux

 

Les dieux sont assemblés à l’occasion du mariage de Thétis et Pélée (parents d’Achille). Eris, déesse de la discorde, représentée avec des ailes de chauve-souris, trouble le festin en jetant au milieu d’eux la pomme d’or destinée à la plus belle des déesses. Jupiter refuse de l’attribuer et ordonne à Mercure, debout près de lui, de conduire Junon, Minerve et Vénus sur le mont Ida où Pâris sera juge de leur beauté. Au centre du soubassement, le vieillard nu, énorme, couché dans une niche ovale, est Démogorgon, père des dieux, dont le premier enfant fut la Discorde.
 

Scène III Le jugement de Pâris

 

Assis près d’une grotte, Pâris remet la pomme d’or à Vénus, couronnée de deux amours, qui lui a promis l’amour de la plus belle femme du monde. Mercure est entouré de Junon, accompagnée de son paon qui menace Pâris et de Minerve qui reprend ses vêtements. A l’arrière-plan, à gauche, on découvre un beau paysage occupé par des édifices antiques, un berger assis joue de la cornemuse en surveillant un troupeau de bœufs. Le motif placé au sommet de la composition a un sens précis : le masque humain aux oreilles d’âne et aux cornes de bœuf semble une allégorie du berger dont la stupidité causera la ruine de Troie.
 

Scène IV L’enlèvement d’Hélène

 

L’enlèvement d’Hélène par Pâris et la scène de combat se détachent sur un vaste paysage évoquant la ville de Sparte en ruine (dont Hélène était reine), et son port où mouillent les vaisseaux des Troyens. L’atmosphère dramatique des lumières d’orage ainsi que les figures d’encadrement font pressentir les conséquences fatales de cet enlèvement. Dans les cadres, des Furies crient vengeance contre Pâris, les têtes de lion et de loup personnifient la colère et la violence.

 

Scène V Le sacrifice d’Iphigénie

 

La scène évoque le moment où la déesse Diane substitue une biche à Iphigénie que son père Agamemnon s’apprêtait à sacrifier pour conjurer la tempête qui retenait la flotte à Aulis, empêchant le départ des Grecs pour la guerre. L’inscription dénonce l’attitude d’Agamemnon et des Grecs qui ont ruiné la ville : « Vous avez apaisé les vents par le sang et le meurtre d’une vierge ». Les figures du cadre complètent la scène : les licornes renvoient à la pureté de la jeune fille sacrifiée, les dauphins aux courses de bateaux, les têtes joufflues aux vents et les têtes de bœufs aux sacrifices.
 

Scène VI Le Combat près des vaisseaux 

    

Le récit de la guerre de Troie commence avec cette scène de bataille. Derrière les combattants, on aperçoit une ville au bord de la mer et une colonnade à deux étages qui représente un édifice antique bien réel : les Piliers de tutelle à Bordeaux.
 

Scène VII Le bûcher de Patrocle 

 

Cette peinture plus petite occupe le mur au-dessus des deux portes conduisant à la chapelle et à l’escalier. Cet épisode ne suit pas la logique du récit puisque les funérailles de Patrocle interviennent après qu’Achille, dont il était l’ami, l’a vengé en tuant Hector, son meurtrier (scène IX). Les figures de l’encadrement, satyres, amours, masques chevelus et barbus sont purement décoratives.
 

Scène VIII Scènes de combat  

Une grande composition, la plus vaste du programme occupe tout le mur du fond et le mur ouest jusqu’à la première fenêtre. La scène ne peut être  identifiée avec précision. Il s’agit sans doute d’une bataille type, les combattants portent des costumes antiques mais les armes qui gisent sur le sol sont d’époque Renaissance.
   

Scène IX Le combat singulier   

   

L’inscription indique qu’il s’agit du combat singulier qui oppose Pâris et Ménélas, roi de Sparte et mari d’Hélène : «Ni le combat singulier, ni les sacrifices, ni les autels de Priam ne peuvent effacer la souillure du lit nuptial.» Les figures annexes sont un commentaire de la scène. Les lièvres évoquent la lâcheté de Pâris qui tenta de fuir Ménélas représenté, lui, par des têtes de lion. Le paysage urbain est identifié comme une vue de Rome : l’île du Tibre, le pont Fabricius, les pentes du Capitole et du Palatin. La précision de cette représentation indique que le peintre avait réellement vu la ville de Rome.
  

Scène X La mort d’Hector 

L’inscription permet d’identifier la bataille : « S’ensuit le terrible et lamentable massacre qu’après la mort d’Hector Achille infligea aux malheureux Phrygiens ». Il s’agit de la mort d’Hector au cours d’une embuscade tendue par Achille. Cette version des événements n’est pas celle d’Homère mais de Dictys de Crète, sans doute parce que ce récit permet à l’auteur de peindre une bataille équestre. La ville, juchée sur un rocher, évoque le monde antique. Dans les cadres, les têtes expriment l’épouvante, le masque ailé hurle de frayeur, les putti tiennent leurs têtes et crient, les deux femmes décharnées personnifient le malheur et la ruine, les têtes de bœufs noirs symbolisent la mort. Seules les deux figures de femmes appuyées sur de longs bâtons apportent une note d’espoir : ce sont des images de la Constance qui annoncent l’intervention future d’Enée.

 

Scène XI Le cheval de Troie

     

Ce cheval de bois, rempli de guerriers grecs est introduit par ruse dans Troie par le traitre Sinon( soldat grec) ; il occupe le centre de la scène. Derrière, Laocoon (prêtre d’Apollon) s’apprête à lancer son javelot dans le ventre du cheval pour démontrer qu’il sonne creux. Au premier plan, Sinon est amené devant le roi Priam drapé de rouge et couronné. Les figures du cadre illustrent le mal, la violence et la ruse.
  

Scène XII La fuite d’Enée 

Troie est prise grâce au stratagème du cheval que l’on voit échoué sur une place. Des Troyens fuient au premier plan : Enée porte son père Anchise sur son dos et tient son fils Ascagne par la main ; ils se dirigent vers une scène diurne dans laquelle des navires les attendent pour embarquer. L’inscription reprend deux vers de l’Enéide de Virgile, prononcés par Enée qui devient désormais le personnage principal du cycle : « Quelles paroles pourraient dépeindre cette nuit de massacres et ces funérailles ? Quelles larmes répondraient à nos malheurs ?»

Les figures féminines latérales hurlent de désespoir, les chevilles attachées, les mains liées, évoquent le sort réservé aux vaincus, emmenés en esclavage.
 

Scène XIII Les armes et les combats d’Énée 

Au centre de la composition, sur une plate-forme rocheuse, les cyclopes et Vulcain forgent les armes d’Enée. Cette peinture résume de manière sommaire les aventures du héros, les scènes latérales faisant allusion aux navigations du Troyen et à la conquête de l’Italie en rappelant la protection divine dont il a bénéficié.

Scène XIV Le rameau d’or 

Cette peinture fut entièrement refaite par Louis Gouffier, à la suite du percement de la fenêtre, et peut-être après l’incendie survenu en 1627. Elle représente Hercule et les juments de Diomède. Toutefois, la branche dorée qui apparaît sur le cadre du soubassement est un vestige de la composition initiale et permet d’identifier le sujet disparu : la visite d’Énée à la Sybille.
 

 Scène XV Énée aux Enfers   

   

Cette dernière composition, qui fut peinte en premier, occupe l’extrémité du mur sud-ouest jusqu’à la cheminée. A gauche, l’entrée des Enfers est gardée par le chien Cerbère, l’ensemble a été repeint sous Louis Gouffier d’après les vestiges originels. La partie droite est authentique. Il s’agit du Tartare (lieu dans lequel Enée n’a pas pénétré, mais qui lui fut décrit par la Sibylle) où les criminels reçoivent leur châtiment. L’Enfer d’Oiron ne correspond pas à la description qu’en fait Virgile, mais reflète plutôt une illustration moderne de la traduction française de la gravure du Songe de Polyphile (1546).